Jean-Noël Spitzer : « La maintien ? On dort mal, c’est dur, il y a beaucoup de pression »
Jean-Noël Spitzer : « La maintien ? On dort mal, c’est dur, il y a beaucoup de pression »
Le vendredi 28 mars 2025 à 1:33 par David Demri
0 Commentaire
Publicité
Le manager du RC Vannes, Jean-Noël Spitzer s’est confié via Midi Olympique.
Ce-dernier est tout d’abord revenu sur la victoire de son équipe en finale de la Pro D2, au mois de juin dernier, à Toulouse.;
Il évoque ce titre. Extrait:
C’est spécial. Je ne dirais pas que c’était une conclusion mais un titre est toujours un moment spécial. Encore plus quand c’est à la fois un titre et une accession, même si on jouait à ce moment-là davantage le titre que l’accession. Le titre, ça récompense quand même tout le travail d’un groupe sur une saison, voire plusieurs saisons pour certains. Aller au bout d’une compétition qu’on respecte beaucoup, le Pro D2, après avoir échoué trois fois quasiment de suite en demi-finale, c’était bien.
Il explique ce qu’il regrette suite à ce titre. Extrait:
En fait, je ne sais plus qui m’avait posé la question : « Maintenant, avec un peu de recul, si vous pouviez changer les choses… » La seule chose qu’on aurait aimé avoir, c’est ce qu’on ne peut pas avoir : comme souvent dans la vie, il a manqué du temps. En quelques semaines, tu changes d’environnement sportif. Tu ne peux pas combler l’écart entre le Pro D2 et le Top 14 comme ça, d’un claquement de doigt, surtout que tu ne l’as jamais vécu. Tu ne peux pas le combler aussi vite que tu l’imagines. Et puis, quelques mois plus tard, Vannes passe l’hiver ! Le fameux « PPH » (« passera pas l’hiver », N.D.L.R.) ne s’applique pas à Vannes.
Il l’affirme : que Vannes ne soit pas encore largué au classement est une anomalie. Extrait:
C’est vrai, au regard de l’historique du Top 14 et des accessions, avec des clubs qui avaient pourtant connu l’élite avant nous comme Perpignan en 2018-2019, ou Agen… Il n’y a pas eu de cas de figure comme le nôtre, des clubs qui n’ont pas connu l’Élite précédemment et qui accèdent sur un modèle d’économie réelle. Il faut ne jamais l’oublie qu’il n’y a pas de mécène derrière ! L’argent qu’on dépense, c’est l’argent qu’on a gagné. On compte tout pour ne pas être en déficit, et parce qu’on ne peut pas se le permettre.
Il rappelle qu’à Vannes, il n’y a aucun mécène pour tenir le club. Extrait:
Ce qui est sûr, c’est que nous n’avons pas de mécénat. On s’appuie sur l’exploitation de notre stade et de notre image. Tout est lié : la contre-performance, qu’elle soit sportive ou humaine, impacterait directement nos finances et nos ressources.
Aussi, Jean-Noël Spitzer a expliqué sa décision de prolonger son contrat à Vannes. Extrait:
Depuis que je suis ici, j’ai le sentiment que le club est dans une démarche de projets. Il ne fallait pas que ça s’arrête. Oui, l’accession ne devait pas être une fin en soi parce qu’il y a une probabilité de redescendre plus qu’importante. Il fallait se projeter sur comment renforcer le club et comment le faire grandir au niveau des infrastructures d’une manière générale, matérielles ou de type organisationnel.
D’abord, on est un club de territoire. On sait qu’on représente quand même notre région. La Bretagne, aujourd’hui, c’est 70 clubs, soit une évolution assez notable sur les vingt dernières années. On veut représenter tout ça. On sait que les joueurs qui évoluent aujourd’hui dans les équipes de jeunes sont issus de ce territoire, pas seulement de Vannes. On loge quasiment soixante jeunes Bretons chaque semaine pour jouer dans les équipes cadettes et juniors. C’est beaucoup. On a donc envie d’exister, de représenter tout ça aussi. C’est pour ça qu’on ne galvaude rien.
On n’a pas galvaudé l’In Extenso Supersevens, par exemple. On aurait pu se dire que c’est trop accessoire, mais non. On ne galvaude rien, on a mobilisé des joueurs professionnels. On a essayé de faire le mieux possible aussi sur le Challenge européen, hormis un match certainement où on a fait beaucoup tourner, à Tbilissi. On a impliqué la totalité de notre effectif. On respecte la Ligue nationale de rugby, parce qu’aujourd’hui, dans le rugby des clubs, qui peut être en souffrance économiquement, on a la chance d’avoir un rugby qui vit bien grâce à la Ligue et à Canal +. C’est évident qu’on se doit de respecter ça.
Il précise être devenu entraineur presque par hasard. Extrait:
C’est arrivé presque par hasard. Je n’ai pas été joueur professionnel et j’ai pris beaucoup de plaisir à entraîner en amateur, mais j’ai toujours pensé que ça s’arrêterait là, que ça serait simplement dans un contexte pluriactif, le soir après une journée de travail. En fait, j’ai eu la chance d’entraîner une génération assez incroyable en 2015, qui nous a permis d’accéder au Pro D2. On a senti que le groupe, l’équipe pouvait le faire mais on ne s’était pas projeté sur le monde professionnel, sur la durée. Voilà, ma mise à disposition professionnelle avait un temps limité et il a fallu faire un choix. Mais ce sont plus les circonstances qui m’ont amené à faire ça.
J’avais un petit peu anticipé. J’avais les diplômes, j’avais entraîné pendant dix ans en Fédérale 1 donc j’avais eu ce temps de formation. C’est mieux parce qu’une fois que tu rentres dans le monde professionnel, c’est plus difficile de s’adapter à la formation. Entraîner, c’est avoir la tête dans le guidon et c’est aujourd’hui un des regrets que j’ai : c’est très difficile de continuer à se former lorsque tu es au cœur d’un projet. Le temps ne s’achète pas ! Il ne s’agrandit pas, c’est le superpouvoir qu’on n’a pas. Maîtriser le temps ou l’arrêter, le mettre en pause parfois, oui. Mais pas plus.
Il ne le cache pas : maintenir un club en Pro D2 est une véritable mission, pour éviter la Fédérale. Extrait:
Mission ? Ce sentiment, oui, je l’ai eu quand il a fallu maintenir le club en Pro D2. Quand c’était les années de souffrance, on était dans notre parcours logique. Mais quand tu es au cœur de l’hiver et que tu enchaînes les défaites, que tu es dernier du championnat en Pro D2… Entre le Pro D2 et la Fédérale 1 de l’époque, il y avait un gap important, ce n’était pas professionnel du tout. Il y a énormément d’impact sur le centre de formation.
Tu dois avoir des équipes en Crabos et en Alamercery, beaucoup de choses comme ça peuvent être remises en question. Il y a beaucoup moins de choses qui sont remises en question entre le Top 14 et le Pro D2. Ça impactera davantage ton squad et éventuellement les rémunérations des joueurs professionnels ou du staff professionnel, mais sur l’organisation globale du club, ça changera moins de choses. La matrice restera la même. Quand tu descends de Pro D2, c’est différent parce que ça va impacter tes équipes de jeunes, ton centre de formation, tes salariés administratifs, etc. Alors, c’est un poids énorme. Lutter pour le maintien en Pro D2, c’est un poids énorme, surtout à l’époque parce qu’on savait qu’on serait redescendus dans un système amateur et qu’on aurait dû faire certainement face à des licenciements… Alors, oui, le maintien, c’est le seul moment où il y eut ce sentiment de mission. On dort mal, c’est dur, il y a beaucoup de pression.
Publicité
0 Commentaire